Ses études à l’université lui font découvrir différents horizons – agronomie, métiers de l’hôtellerie, aéronautique – sans pour autant qu’elle y trouve sa voie. Les voyages, qu’elle multiplie – toujours accompagnée d’un appareil de photographie – lui ouvrent aussi d’autres perspectives. Ses débuts dans la vie professionnelle se font comme photographe de plateau. C’est en pratiquant ce métier qu’elle apprendra à manier son appareil en se faisant oublier des autres, à construire ses images dans le retrait de la scène. L’appareil, on l’a dit, la suit partout. Bientôt, le plateau et ses contraintes viennent à lui peser : les photographies qu’elle préfère ne sont pas celles qu’on attend d’elle, mais celles qu’elle porte en elle et auxquelles elle va faire choix de se consacrer entièrement. Portraits, photographies de lieux et d’animaux, pendant plusieurs années Sophie Leys engrange des clichés, les montrant rarement, ou à l’occasion de quelques expositions collectives ou personnelles. Elle continue de voyager, bien sûr. Un périple en Egypte est à l’origine d’une rencontre déterminante. Elle a emporté avec elle un paquet de livres au nombre desquels figurent les romans d’Albert Cossery qu’elle dévore en arpentant les rues du Caire. Retour en Europe, elle n’a de cesse de rencontrer le célèbre auteur égyptien qui vit à Paris et de le convaincre de la laisser transposer l’univers de ses livres en images. Il en adviendra L’Egypte d’Albert Cossery (éditions Joëlle Losfeld, Paris, 2001), son premier ouvrage, ainsi qu’une exposition à l’Institut du monde arabe. De cette collaboration avec Albert Cossery naîtront encore d’autres projets. Ce sera l’occasion, pour Sophie Leys, de réussir le passage à l’image animée. Son premier film, donc, est une adaptation d’une idée originale d’Albert Cossery. Intitulé Tournez la page, il est réalisé en 2003. Dans la foulée, et avec le même producteur – le Groupe d’Essai et de Recherche Cinématographique -, elle réalise un documentaire de 35 minutes sur l’écrivain égyptien, Une vie dans la journée d’Albert Cossery (2005). Avec ses premiers films, Sophie Leys parvient à concilier son intérêt pour l’image et celui qu’elle porte à la littérature. Un second court-métrage de fiction naît ensuite de l’adaptation qu’elle donne d’une nouvelle d’Anne Wiazemsky, Fuir (2006, production Paris-Barcelone Films). Ces incursions répétées dans la cinématographie n’éloignent pas, pour autant, Sophie Leys de la photographie, mais lui permettent, au contraire, de nourrir sa réflexion. D’accord avec Delluc quand il assure que « la photogénie, c’est l’accord du cinéma et de la photographie », elle réalise plusieurs séries de mises en scène photographiques pour lesquels elle conçoit le scénario comme l’image, travaux qui donneront lieux à de prochaines expositions. Dans le même temps, elle continue de se consacrer, avec une constante rigueur à son œuvre de portraitiste.